Théologie laïque, la religion du rien
Alors que la gauche est divisée en profondeur sur la question, l'ancien ministre de l’Éducation Vincent Peillon exhume dans un petit essai une tradition républicaine de gauche qui a vu dans la laïcité une véritable religion de substitution. Une religion qui pourtant, n'ayant ni clergé, ni dogmes, est une religion de rien du tout.
Par Rémi Carlu
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« Le mal est religieux, la révolution est religieuse, le remède est religieux, nous ne guérirons que religieusement », disait Blanc de Saint-Bonnet. Et voilà que la République approuve stricto sensu ! Vincent Peillon exhume dans ce petit essai une tradition trop méconnue de la gauche républicaine qui, s’opposant avec Jaurès au positivisme étriqué d’un Littré, concevait la laïcité comme « un acte de foi ». Si elle part d’un point juste – l’homme est par essence religieux – cette religion laïque repose bien vite sur une ambiguïté : permettre à chacun d’avoir ses croyances d’un côté, ou poser un nouvel idéal de l’autre. La solution est flottante, car doit se plier au pluralisme : ce sera une « libre- pensée religieuse » utopique et spiritualiste du devenir, anticléricale et anti-athée, faite de science et de justice.
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De là, une morale, une foi, un Dieu, une théologie et même une christologie (contraire aux paroles du Christ) ; une religion pourtant « qui n’a ni autels, ni dogmes, ni miracles, ni clergé, et qui est simplement l’aspiration de l’homme vers toutes les perfections de l’esprit » (F. Buisson). En clair, une religion sans rien du tout, qui se veut transcendante mais qui n’est que politique, une vue de l’esprit dont les trois adjectifs qui la qualifient disent tout : « démocratique, universelle et moderne ». Ajoutons socialiste et humanitaire, moniste et panenthéiste qui doit accoucher d’une parousie terrestre, la Deus-humanitas. De ce gloubi-boulga ridicule, Gómez Dávila a tout dit d’une sentence magistrale : « L’humanité est le seul dieu totalement faux ». Reste, au-delà de l’intérêt historique du document, à comprendre les raisons pour lesquelles pareil ouvrage a été rédigé, car un discours ne révèle pleinement son sens que dans un contexte discursif. Sur France Inter, l’auteur a condamné « une façon d’utiliser la laïcité comme un instrument pour s’attaquer à des différences ou à des confessions différentes ». Entre les deux gauches irréconciliables, l’ancien ministre de l’Éducation a semble-t-il choisi.

PUF, 128 p., 12 €
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