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Culture

[BD] Clément Vuillier : beauté et dévastation

Avec Terre rare, Vuillier nous offre le spectacle d’une destruction industrielle d’ampleur planétaire. Récit d'une sublime dévastation.

2 min de lecture

© Terre rare

Clément Vuillier pratique une bande dessinée obsessionnelle et muette. On se souvient de son grand album L’Année de la comète, paru en 2019 : deux histoires se déroulaient en parallèle, le montage alterné d’une comète fonçant dans l’espace et d’une planète (la Terre ?) connaissant des convulsions géologiques en des temps qui pourraient être ceux de notre préhistoire laissant penser que planète et comète réagissaient l’une à l’autre. Pas un bruit, pas un son, pas une parole, le tumulte silencieux n’existait que dans le cerveau du lecteur. Avec Terre rare, Vuillier nous offre le spectacle d’une destruction industrielle d’ampleur planétaire. C’est toute une planète qu’une sphère mystérieuse, jaillie d’on ne sait quel complexe, va faire exploser pour en recueillir, terre rare, le cœur, éclatant et pâle cristal.

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On voit la sphère blanche – double maléfique du monolithe noir de 2001, Odyssée de l’espace – parcourir l’espace, s’arrêter au-dessus de la planète, s’ouvrir et parsemer la surface rocheuse de globes opalescents identiques, dont la perfection polie jure avec les rocailles grises et les veines de cristaux colorés affleurant à la surface. Puis tout explose au fil des pages, sans un son, destruction totale et concertée d’une perfection minérale pour en arracher le cœur presque vivant. On est saisi par la brutalité de l’annihilation. On reprend les pages pour en reconsidérer les détails comme s’il nous appartenait, à nous lecteurs, de perpétuer la beauté abolie en relisant le récit de la dévastation, remontant le temps aux moments où luisaient les cristaux sous la lumière froide des étoiles.


TERRE RARE, CLÉMENT VUILLIER
2024, 148 p., 29 €

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