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Idées

[Idées] Obsolescence des ruines : habiter le vide

Dans son dernier essai, Bruce Bégout s'intéresse à la disparition des ruines, et nous plonge dans un monde qui se consume à petit feu, entre auto-annihilation et fuite de la condition sédentaire.

2 min de lecture

© DR

Memento mori, symboles de la résistance du monde humain à la nature ou, au contraire, preuves de la vanité de toute fondation, les ruines, par leur dimension polysémique, ont toujours fasciné. Or, notre ère de l’obsolescence programmée a inventé les ruines instantanées, qui disparaissent en même temps que les bâtiments. Cette absence de ruines est « l’objet du siècle » selon Bruce Bégout, qui tente d’exhumer la signification profonde de leur évanouissement et d’en comprendre la portée historique.

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Bégout, qui s’appuie sur les œuvres d’Arendt, Anders, Adorno, Benjamin se demande même si, aujourd’hui, le progrès authentique ne serait pas celui qui reprendrait à son compte les objections réactionnaires adressées au monde moderne. Car cette disparition des ruines semble lourde de sous-entendus glaçants : elle signifie peut-être que l’humanité renonce peu à peu à sa condition sédentaire, voire qu’elle envisage sereinement sa propre disparition. Pourtant, Bégout pense, dans une conclusion qui paraît postiche tant elle contredit frontalement ses réflexions, que l’homme pourrait, par un effort conséquent de volonté et d’imagination, habiter ce monde du flux généralisé. Un vœu pieux au regard de l’implacable lucidité dont il fait preuve tout du long de cet ouvrage passionnant.


Obsolescence des ruines de Bruce Bégout
Inculte, 346 p., 23,90 €

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